Chapitre

Traitement pharmacologique

Chapitre progression:

De nombreux types de traitements ont été décrits dans le cadre d’une gestion conservatrice des pathologies du tendon. Malheureusement, peu semblent avoir une véritable base scientifique.

Cliquez sur les onglets suivants pour en apprendre davantage sur certains traitements fréquents des tendinopathies.

Anti-inflammatoires non stéroïdiens
Le rôle des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) dans le traitement des tendinopathies est controversé. Comme il n’y a pas de composante inflammatoire majeure, il est probable que leur efficacité soit due à un effet analgésique et non à une action anti-inflammatoire.10

Dans le cas de tendinopathies aiguës, le fait de bloquer la douleur immédiate est controversé car l’effet analgésique peut permettre à l’athlète de continuer l’entraînement, ce qui risque d’aggraver le problème. En phase aiguë, lorsqu’il n’y a pas de bursite, de ténosynovite ou d’autres pathologies inflammatoires, un traitement au paracétamol semble plus adapté que le recours aux AINS.

Le rôle des AINS dans les tendinopathies chroniques est tout aussi incertain. L’effet analgésique peut être intéressant au début des exercices excentriques.

Corticoïdes
Les injections de corticoïdes sont toujours fréquentes dans le traitement de tendinopathies, et ce malgré l’absence d’inflammation. Les injections de stéroïdes posent un certain nombre de problèmes. Le principal risque des injections intratendineuses et péri-tendineuses est une rupture du tendon. Des cas de rupture du tendon ont été rapportés suite à des infiltrations de corticoïdes (particulièrement dans le tendon d’Achille), tandis que les études suggèrent que le recours aux corticoïdes réduit la résistance à la traction des tendons. Les études ont prouvé que les injections de stéroïdes, quoique très efficaces sur une période de trois mois, empiraient la situation au bout d’un an par rapport aux patients non traités.11

Le recours aux corticoïdes dans les pathologies du tendon doit être envisagé suite à un examen clinique attentif, et la décision doit être adaptée à chaque cas. Ce traitement peut être adapté à certaines tendinopathies des membres supérieurs.

Dextrose
Le dextrose hyperosmolaire est utilisé depuis des années dans le cadre des traitements de prolothérapie pour les douleurs musculosquelettiques chroniques. La prolothérapie est une technique qui consiste à injecter une petite quantité de solution irritante vers le tendon ou le ligament. On suppose que le dextrose provoque une inflammation qui faciliterait la production de facteurs de croissance, favoriserait la prolifération de fibroblastes et augmenterait la production de matrice extracellulaire. Plus de données issues d’études contrôlées et randomisées sont nécessaires avant de pouvoir recommander ce traitement.
Polidocanol
Certains praticiens pensent que la douleur des tendinopathies chroniques du tendon d’Achille est liée à la néovascularisation. Il a été montré qu’une sclérose par polidocanol était efficace pour atténuer la douleur, probablement en réduisant la néovascularisation et l’innervation sensitive qui l’accompagne. La période de rééducation indiquée suite à une infiltration de sclérosant est comprise entre un et trois jours de repos. L’athlète doit attendre deux semaines avant de pouvoir appliquer une charge normale sur le tendon. Pour le moment, cette technique peut être considérée comme expérimentale pour deux raisons : la procédure est complexe sur le plan technique, et aucune étude contrôlée et randomisée n’a été publiée.10
Facteurs de croissance autologues (plasma riche en plaquettes)
Le recours à du sang et des préparations de plaquettes autologues est devenu très populaire dans le traitement des tendinopathies. Cela pourrait favoriser la guérison par régénération du collagène et stimulation d’une angiogenèse bien structurée. Jusqu’à présent, les recherches n’ont pas prouvé l’efficacité de ces traitements dans les pathologies chroniques du tendon.12,13
Cellules souches
Les recherches s’intéressent aussi énormément au rôle potentiel des cellules souches dans le traitement des lésions du tendon. Ce traitement est actuellement peu utilisé.
Infiltrations radio-guidées à haut volume
Ces dernières années, on a rapporté des infiltrations de volumes compris entre 20 et 50 ml d’un mélange de bupivacaïne, d’hydrocortisone et de solution saline afin de traiter différentes tendinopathies. Dans le cas de pathologies patellaires et du tendon d’Achille, les auteurs suggèrent qu’une injection de ces volumes crée un « effet mécanique local » qui détruit la néovascularisation et affecte l’innervation qui l’accompagne via un traumatisme direct et une ischémie. Cela permettrait une amélioration immédiate de l’état du patient et la mise en place d’exercices excentriques.14-16

Le temps de rééducation requis suite à une infiltration à haut volume comprend un à trois jours de repos. Il faut deux semaines avant de pouvoir appliquer une charge maximale sur le tendon. Pour le moment, cette technique peut être considérée comme expérimentale pour deux raisons : la procédure est complexe sur le plan technique, et aucune étude contrôlée et randomisée n’a été publiée.

Bien qu’il puisse être tentant d’avoir recours à ces « traitements adjuvants », dans de nombreux cas, il vaut mieux poursuivre les exercices de renforcement et ajuster minutieusement la charge de l’athlète.

Dr Ricard Pruna

Médecin du sport et de l’effort physique